Khalis Khalis. Película de Robert Romeo.

Cine
// 09/03/2016
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KHALIS, KHALIS.
(L’argent, l’argent)

Docufiction écrit et réalisé par Roberto ROMEO
Avec la collaboration de Jean-Luc CAMBIER

 

Synopsis
Dans la banlieue de Dakar, une troupe de théâtre amateur se retrouve tous les mardis. A chaque fois, après les salutations, comme un rituel, ils se disposent en cercle, se prennent par la main et promettent: «tous pour un, un pour tous».
C’est une formule simple parce que ce sont des gens simples.
Ils sont ouvrier, couturier, menuisier, maçon, coiffeuse… Mais ce soir, ces hommes et ces femmes vont interpréter des évènements qui ont marqué leur vie.

Note d´intention
Lors d’un séjour au Sénégal, je rencontre une troupe de théâtre amateur. Une douzaine d’hommes et femmes tous âges confondus se retrouve chaque semaine dans une salle que leur a confiée la municipalité. Dans la vie, ces comédiens sont ouvrier, menuisier, maçon, tailleur, coiffeuse…
Devant moi, ils exécutent des saynètes, parfois maladroitement, mais je suis séduit par leur énergie, leur enthousiasme et une grande facilité à improviser. Ils savent que j’ai une caméra. Ils voudraient jouer dans un film. Mais jouer quoi? Que filmer? Deux mois pour imaginer et tourner un film, une gageure comme je les aime.
La première semaine se passe à récolter les évènements qui ont marqué leurs vies. Chacun à son tour raconte des histoires de précarité, de désamour, de vol, d’agression… Toutes ces anecdotes ont un point commun: L’ARGENT (khalis en wolof).
Pendant presqu’un mois, je m’isole avec ce précieux matériau. Le temps d’élaborer les bribes d’un scénario où l’improvisation devra jouer un rôle déterminant et je peux les retrouver.
Ils habitent le long d’une voie ferrée -très cinématographique- dans la banlieue de Dakar. Ce sera l’espace dramatique du film. Je découvre leur quartier, leurs intérieurs, je partage leur vie, je les filme au naturel.
Comme dans un documentaire, face à la caméra, ils témoignent d’un évènement qui a marqué leur vie.
Comme dans une fiction, ces histoires sont reconstituées et tissées les unes aux autres. Et chacun joue ce qu’il a vécu.
Au total, documentaire et fiction s’additionnent pour composer le portrait d’une réalité sociale et humaine.

 
 
 
SCENARIO
 

GENERIQUE 
IMAGE  Au compte-goutte, des hommes et des femmes entrent dans une grande salle vide. Ils se saluent chaleureusement. Au signal de l’un d’eux, ils convergent tous vers le centre de la pièce. Ils forment un cercle et se prennent par la main. A plusieurs reprises, ils crient: « un pour tous, tous pour un » avant de se lâcher et de s’éloigner comme un univers en expansion.
Pendant que nous nous attardons sur leurs visages, un à un et face caméra :
VOIX OFF d’EL HADJI : (NB : les dialogues sont des notations qui résument des improvisations) Nous sommes dans la banlieue de Dakar. Chaque mardi notre troupe de théâtre se retrouve ici. Aujourd’hui, c’est un peu spécial car nous avons décidé de jouer notre propre rôle dans des histoires qui nous appartiennent…
Le dernier visage face caméra est celui d’EL HADJI.
– TÉMOIGNAGE : Ici, il n’y a pas de travail !…

SEQ. 1 : Devant la maison d’EL HADJI / Jour 
EL HADJI a son petit atelier de menuiserie juste devant chez lui. Il rabote une planche de bois. Son témoignage commence avec lui face à la caméra.
– TÉMOIGNAGE : (improvisation sur la difficulté de trouver du travail) Je suis menuisier mais depuis que je vis ici, pas moyen de m’en sortir… Il n’y a pas si longtemps, j’ai même passé deux ans au Mali, laissant ma femme et mes enfants ici, mais là-bas ce n’était pas vraiment mieux… Souvent je suis obligé de faire des petits boulots qui n’ont rien avoir avec mon métier…
Une femme passe. EL HADJI la salue et lui propose ses services. Elle lui répond qu’elle n’a pas besoin d’un menuisier pour l’instant, elle vient juste de s’acheter un meuble tout fait venant d’Europe… Quand la femme s’en va, l’épouse d’El Hadji sort de la maison, elle lui demande de quoi aller au marché. Il lui passe le dernier billet de 1000 Francs CFA qu’il lui reste en poche.
– FEMME : C’est tout ce que tu me donnes?
– EL HADJI : C’est tout ce que j’ai!
Quand sa femme part, El Hadji rassemble ses outils, les rentre chez lui. Il ressort immédiatement les mains vides. Il longe la rue qui mène à la forêt.

SEQ. 2 : Dans la forêt / Jour
EL HADJI traverse la forêt jusqu’à l’entrée d’un verger.

SEQ. 3 : Dans le verger / Jour 
EL HADJI demande à un cultivateur s’il n’a pas du travail pour lui.
– CULTIVATEUR : Entre, tu tombes bien. Je vais te montrer ce que tu dois faire…
Un seau dans chaque main, le cultivateur prend l’eau d’un étang puis arrose ses légumes. L’action accomplie, il passe les deux seaux à El Hadji. Pendant qu’El Hadji se met au travail, le cultivateur témoigne.
– TEMOIGNAGE : (improvisation) J’avais un autre verger. il était beaucoup mieux mais les autorités nous ont déplacés pour construire une autoroute. Ils nous ont installés dans cette forêt classée… mais comment voulez-vous que mes légumes poussent convenablement? L’eau qu’il y a ici est salée!
Le travail terminé, EL HADJ reçoit du cultivateur 2.000Fr.

SEQ. 4 : Terrasse / Fin de journée 
Du haut d’une terrasse, EL HADJI regarde la forêt où il a travaillé toute la journée puis son regard glisse et s’arrête sur une autoroute plus au loin.

SEQ. 5 : Devant la maison d’El Hadji / Le matin
EL HADJI sort de chez lui, une grande bassine en main. Il se dirige vers le puits.

SEQ. 6 : Puits / Jour 
La préposée au puits est assise devant chez elle. Elle surveille. EL HADJI la salue. Au moment où il lance le seau au-dessus de la petite muraille qui protège le puits, la femme l’apostrophe.
– LA PREPOSÉE AU PUITS : EL HADJI, tu n’as pas encore payé ta mensualité.
EL HADJ s’excuse et paye sa quote-part. Pendant qu’EL HADJI remplit sa bassine, la PRÉPOSÉE au puits témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Pour avoir l’eau, les habitants du quartier doivent payer une cotisation mensuelle de 500 Fr…
EL HADJI témoigne à son tour :
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Je pourrais avoir l’eau courante et l’électricité à la maison mais avec ce que je gagne, comment je paierais les factures…
MOUDOU, garçon de onze ans en tenue d’écolier, se présente face à son père.
– MODOU : Papa, c’est la fin du mois, je dois donner ma cotisation à l’école.
EL HADJ lui passe 1500 Fr.
– EL HADJI : Dis au secrétaire que demain il aura les 2000 qui manquent.
MODOU s’en va déçu.

SEQ. 7 : Route vers l’école / Jour 
MODOU est rejoint par un autre écolier.

SEQ. 8 : Ecole / Jour 
MODOU traverse la cour de l’école et arrive devant la porte du secrétariat. Il frappe à la porte avant d’entrer.

SEQ. 9 : Secrétariat de l’école / Jour : MODOU donne au secrétaire l’argent que lui a confié son père.
– SECRETAIRE : C’est tout ce que tu donnes ? 
– MOUDOU : Mon père vous donnera demain ce qui manque… 
– SECRETAIRE : Alors à demain! Tant que tu n’auras pas payé ce qui manque, tu ne pourras pas entrer en classe… Rentre chez toi ! 
Quand MODOU s’en va, le secrétaire témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Il n’est pas le seul dans ce cas mais si un père ne peut pas payer cette école privée à son fils, il y a les écoles publiques, elles sont gratuites.

SEQ. 10 : Face à l’école / Jour 
EL HADJI, le père de MODOU, témoigne à son tour.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Dans les écoles publiques, nos enfants n’apprennent rien, tout le monde sait ça! Les professeurs sont toujours en grève. Alors on est obligé de payer si on veut que nos enfants apprennent quelque chose…

SEQ. 11 : Dans les rues du quartier / Jour 
MOUDOU, dépité, croise son copain ALI.
– ALI : Toi non plus il ne t’a pas laissé entrer en classe ?
Ils se dirigent vers la forêt toute proche.

SEQ. 12 : Dans la forêt / Jour 
MODOU et son ami montent sur un arbre.
– ALI : Tu sais comment faire pour avoir une fille? 
– MOUDOU : Non.
– ALI : Tu dois bien la regarder dans les yeux, comme ça : mais fais comme moi! (Ils se regardent longuement). Puis tu lui dis : tu me plais! 
– MOUDOU (en regardant dans les yeux de son ami): Tu me plais!
– ALI : Ensuite elle te dira : toi aussi tu me plais! 
– MOUDOU ne dit rien.
– ALI : Allez dis-le moi : « toi aussi tu me plais! » 
– MOUDOU s’exécute : « toi aussi tu me plais! « 
– ALI : Tu lui prends alors la main (il prend la main de MOUDOU) et tu l’as. C’est aussi simple que ça, tu peux partir avec elle où tu veux !
Ils s’éloignent main dans la main mais d’un coup, MOUDOU lâche brutalement la main de son ami et s’encourt.

SEQ. 13 : Devant l’école / Jour 
MODOU observe des élèves sortant de classe. Quand il voit AMINATA, une fillette de son âge, il la suit jusque chez elle.
– AMINATA : Pourquoi t’es pas venu en classe ?
MOUDOU la regarde sans répondre.

SEQ. 14 : Devant la maison d’Aminata / Jour 
AMINATA s’impatiente.
– AMINATA : Tu veux quoi?
– MOUDOU : Tu me plais!
– AMINATA : Tu as quoi à m’offrir?
MOUDOU ne répond pas.
– AMINATA : Toi, tu ne me plais pas!
Quand elle rentre chez elle, MODOU s’enfuit, déçu.

SEQ. 15 : Dans la forêt / Jour 
Dès qu’il voit son ami ALI, MODOU lui crie :
– MODOU : Menteur, menteur, menteur…
Tout en riant, Ali, à son tour, se met à courir.

SEQ. 16 : Salle de répétition / Jour
FALOU balaye pendant que d’autres comédiens s’amusent. Petit à petit, ils s’approprient l’espace. NDAYE rejoint une chaise vide au milieu de la salle. Elle s’assied face caméra. Son témoigne démarre sur son visage silencieux.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Mon mari ne vit plus avec moi. Même si mon fils qui travaille dans un cyber ramène de l’argent chaque mois, je suis obligé de me débrouiller coûte que coûte…

SEQ. 17 : Marché / Jour 
Sa voix se juxtapose aux images d’NDAYE au marché. Elle se faufile entre les gens.
– TEMOIGNAGE (suite) : Deux à trois fois par semaine, je vais au marché acheter des fruits pour les revendre. Les femmes de mon quartier n’ont pas souvent le temps de se déplacer. Le marché est loin et il y a beaucoup d’enfants. Alors je leur fais plaisir et cela me fait un petit bénéfice…
NDAYE achète des fruits. Un jeune l’aide à transporter le grand et lourd sac jusqu’à un taxi-minibus. NDAYE monte dans le « Super » qui démarre aussitôt.

SEQ. 18 : Ruelles / Jour 
Avec son grand sac de fruits sur le dos, NDAYE peine à arriver chez elle.

SEQ. 19 : Devant la maison de NDAYE / Jour 
Dans une rue adjacente à la sienne, MAME joue avec trois de ces amis (CHEIKH, MOUDOU et ALI). MAME voit NDAYE entrer dans sa maison. Elle en ressort très vite avec une petite table. MAME l’observe installer les fruits achetés au marché. Il se cache derrière un mur. Dès qu’NDAYE rentre chez elle, MAME fait un signe à ses amis. Très vite, il se précipite pour voler un fruit. MODOU fonce à son tour puis CHEIKH, mais le dernier s’attarde trop, il veut tout prendre. NDAYE sort, l’engueule, attrape ALI par la main et le gifle avant de le laisser partir.
– NDAYE : Sale garnement !
Face à la caméra, NDAYE témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, il faut avoir l’œil sinon à la moindre distraction on se fait voler…

SEQ. 20 : Voie ferrée / Jour 
SON : un train qui s’éloigne.
AME, MODOU et CHEIKH ont installés leurs fruits volés sur le sol. Ils se mettent d’accord sur le prix de leur butin. Une femme vient alors vers eux et demande le prix de leurs fruits. Quand elle leur donne quelques pièces une voix off l’interpelle.
– OFF : Pourquoi vous achetez ces fruits? Vous savez qu’ils sont volés?
– LA FEMME : (elle engueule la caméra) De quoi je me mêle? Je ne veux rien savoir!
Avant de partir avec les fruits, elle frappe la caméra.

SEQ. 21 : Un coin de rue / Jour
LES GOSSES TEMOIGNENT: (Improvisation)
– MOUDOU : Il faut de l’argent pour s’amuser et quand il n’y en a pas, on fait comment? Et puis je ne peux quand même pas manquer le match de lutte…
– CHEIKH : Moi je suis un guerrier, je préfère le foot mais j’irai aussi voir la lutte.
– MAME: Quand j’ai pris les fruits, j’ai quand même eu peur…
– ALI : J’ai été pris parce que je suis trop gourmand… je voulais prendre tous les fruits.

SEQ. 22 : Cul de sac / Jour 
Un rideau est tendu à l’entrée d’un cul de sac pour en dissimuler le fond. Un adolescent refuse l’entrée à un gosse.
– L’ADO : Si tu n’as pas 50 Frs, tu ne restes pas là. Dégage!
MAME, MODOU et CHEIKH donnent chacun 50 Frs à l’ADO qui leur ouvre alors le rideau. Nous découvrons une foule de gamins (ils n’ont pas plus de dix – douze ans). Au centre, deux lutteurs tout aussi jeunes s’agrippent à la taille, encouragés par la foule de gamins en délire.

SEQ. 23 : Maison d’El Hadji / Jour 
Derrière la porte d’entrée fermée, le père de Modou, fulmine.
– TEMOIGNAGE D’EL HADJ : (Improvisation) Quand on m’a dit que mon fils était un voleur, je n’ai pas pu le croire! Comment je serais respecté dans le quartier si je n’agis pas? Je ne peux pas laisser les choses comme ça…
Tout en témoignant de son malaise, il retire sa ceinture de pantalon. Il sort furieux de chez lui. Aux abords de la forêt, il trouve MODOU en train de jouer avec ses amis. Voyant EL HADJI s’approcher, ces derniers s’enfuient. Dissimulés derrière un muret, ils regardent MODOU se faire corriger à coups de ceinture.

SEQ. 24 : Salle de répétition / Jour 
HASSAN et BADIANE, assis l’un en face de l’autre, incarnent deux frères. Autour d’eux, les autres comédiens
– HASSAN : Quand vas-tu rejoindre les vieux au bled? La saison des pluies va commencer et père aura besoin de toi pour l’aider aux champs.
– BADIANE : Je dois encore régler quelques affaires mais je comptais partir d’ici quelques jours.

SEQ. 25 : Devant la maison d’El Hadji / Nuit 
EL HADJI prépare le thé en compagnie de ses amis MBACKE, ADAMA et des deux frères, HASSAN et BADIANE. Commence une grande discussion à propos du combat de lutte du lendemain. EL HADJI les observe, remarque qu’ADAMA et HASSAN s’ignorent. Quand EL HADJI passe le thé à ses amis, il dévie la conversation vers la difficulté de gagner sa vie au Sénégal. Alors que ses amis sont sur le point de partir, il ose leur demander s’ils n’ont pas du travail pour lui.
– HASSAN : Je vais voir avec mon patron s’il ne peut pas t’engager…
Les amis partent sauf ADAMA. Il a visiblement envie de vider son sac.
– EL HADJI : Que se passe-t-il ? Pourquoi t’as rien dis de toute la soirée? Toi et Hassan, vous êtes comme des frères, non? J’ai bien remarqué que vous évitiez de vous regarder! T’as des ennuis?  
– ADAMA : Hassan m’a piqué ma fiancée!
– EL HADJI : Comment ça? Zeyna? Ça s’est passé comment? Mais, comment tu as pu partager le thé avec lui?
– ADAMA : Je ne me sens pas la force d’en parler maintenant, demain Inch Allah.
Sans plus d’explication, il laisse son ami et s’enfonce dans la nuit.

SEQ. 26 : Devant la maison Adama / Nuit
Avant d’entrer chez lui, ADAMA témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Hassan a piqué ma fiancée alors que je pensais qu’il était mon meilleur ami. Il sait que Zeyna est tout pour moi… Il m’a trahi, c’est ça l’amitié? … Oh Zeyna…

SEQ. 27 : Espace boisé / Jour 
Adama et Zeyna jouent à cache-cache comme des enfants
– ADAMA : Zeyna ? Zeyna ?
Zeyna se faufile entre les arbres en riant.

SEQ. 28 : Salle de répétition / Jour 
Le jeu se poursuit dans la salle de répétition. Les comédiens forment un grand cercle en se tenant par la main. Comme pour jouer à Colin Maillard, EL HADJI met un bandeau sur les yeux de ZEYNA puis la prend par la main et la fait tourner sur elle-même. Elle est projetée sur un comédien qui la pousse vers ADAMA. Ils se touchent les mains.
– ZEYNA : Adama ? Adama ?
Des mains viennent se poser sur son bandeau, Zeyna se retourne. C’est Hassan qui lui ôte le bandeau. Ils se regardent longuement comme hypnotisés.
– TEMOIGNAGE D’HASSAN : (Improvisation) Je n’y suis pour rien, c’est l’amour qui est venu à moi…
HASSAN éclate de rire. Il prend la main de ZEYNA et se mettent à courir loin devant eux.

SEQ. 29 : Rue devant la maison d’Hassan / Jour 
Adama se cache derrière un coin, il observe la maison d’Hassan. Quand ZEYNA sort, ADAMA va vers elle.
– ADAMA : Tu vas bien ?
– ZEYNA (surprise) : Oui et toi ?
– ADAMA : Ça ne va plus depuis que tu n’es plus là…
Badiane, le frère d’Hassan, voit de loin la scène en entrant dans sa maison.

SEQ. 30 : Chez Hassan / Jour 
Badiane va vers son frère Hassan qui râle car l’eau ne coule plus du robinet.
– HASSAN (à son frère) : J’en ai marre, ils ont encore coupé l’eau!
– BADIANE : Que fait Zeyna dehors avec Adama ?
HASSAN ne répond pas, il sort comme une flèche.

SEQ. 31 : Rue devant la maison d’Hassan / Jour 
Hassan prend la main de Zeyna, l’attire vers lui.
– HASSAN (à ADAMA) : Qu’est-ce que tu fous ici ? Elle n’est plus avec toi ! Donc arrête de faire le gamin… Si je te revois rôder par ici je ne réponds plus de rien!

SEQ. 32 : Salle de répétition / Jour 
HASSAN et ADAMA s’accrochent l’un à l’autre en riant.
– ADAMA : Tu as piqué ma fiancée! Salaud!
– HASSAN : Arrêtes de faire le gamin, Zeyna est avec moi maintenant !
Hassan fait le boxeur face caméra. Adama joue l’incompréhension. Du fond de la salle, Hassan arrive en courant jusqu’à renverser Adama au sol.
– HASSAN (criant): Relève-toi !
Adama se lève. La scène se répète deux fois. À la troisième fois, Adama ne se relève plus.

SEQ. 33 : Voies ferrées / Fin de journée 
Un train passe. Grâce aux lumières des wagons, nous apercevons les passagers.

SEQ. 34 : Devant un chantier / Jour 
EL HADJI demande s’il y a du travail pour lui.
– L’OUVRIER : Non 

SEQ. 35 : Devant un autre chantier / Jour 
EL HADJI reconnait son ami HASSAN.
– EL HADJI : Tu as demandé à ton patron ? Vous n’avez pas du boulot pour moi ici? 
– HASSAN : Attends, je vais voir.
HASSAN s’éloigne. EL HADJ le voit en pourparlers avec le patron. HASSAN revient en souriant vers son ami.
– HASSAN : C’est bon, il a accepté, t’es engagé! Le patron demande que tu transportes ces briques-ci, là-bas… 

SEQ. 36 : Dans le chantier / Jour 
EL HADJI va et vient, transportant de lourdes briques. A un moment, couvert de sueur, il s’arrête pour boire de l’eau. Le PATRON apparaît.
– PATRON : Déjà fatigué? Je te paye pas pour ne rien faire, alors dépêche-toi ou tu remballes! 
Comme un chien battu, EL HADJI reprend les briques sous le regard compatissant de son ami HASSAN.

SEQ. 37 : Plage / Fin de journée
Les vagues. ABDOU regarde la mer longuement. Il se lève et va vers l’eau. Il se met à courir de long en large, à faire des exercices physiques… Son témoignage se chevauche avec des images où il est devant la porte d’entrée de sa maison, en face de nombreuses pirogues de pêcheurs.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) J’étais pêcheur, je gagnais bien ma vie sur les côtes de la Gambie jusqu’au jour où il y a eu un accident. J’ai tout perdu. Plus de bateau, plus rien! C’est alors que j’ai accepté l’offre d’un camarade : faire passer 80 personnes pour l’Espagne. Cela va permettre de me racheter un bateau… Bon je vous laisse, je vais aider ces pêcheurs.
Il court vers des pêcheurs sur la plage. Avec eux, il tire un énorme filet.

SEQ. 38 : Maison de Fatou : terrasse / matin 
Accoudée sur le muret de la terrasse, ZEYNA voit passer un train dont la locomotive lâche une épaisse fumée noire. Elle se retourne, témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Je suis la fille de FATOU. Mon père nous a abandonnés quand j’avais 4 ans. Pendant vingt ans, il n’a pas donné signe de vie… Jusqu’au jour de mon mariage. Il est réapparu en jouant les grands seigneurs. En pleine réception, il nous a jeté à la figure des milliers de francs en proclamant qu’il était mon père…

SEQ. 39 : Maison de Fatou : cour / matin
FATOU lessive son linge. Son regard est attiré vers le haut : ZEYNA la regarde depuis la terrasse puis disparait.
ZEYNA aide sa mère FATOU à tendre le linge.
– FATOU : Depuis que ton père est réapparu au mariage, je ne dors plus…
– ZEYNA : N’y pense plus, allez viens je vais te coiffer… arrête de penser à lui. Toi tu es mon père et tu es ma mère !
ZEYNA entraîne sa mère à l’ombre. Elle coiffe sa mère tout en l’encourageant à reprendre son “business” d’achat et de vente.
– ZEYNA : Je me souviens quand tu partais en Gambie pour acheter des tissus…
– FATOU : Oui, ils sont moins chers là-bas… Mais en ce moment, j’ai plus les moyens…

SEQ. 40 : Atelier de couture / Jour 
FALOU est penché sur sa machine, il coud en chantant. Il s’arrête pour témoigner.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Je m’appelle FALOU. Comme vous le voyez, je suis tailleur. Ce n’est pas vraiment ce que j’aimerais faire mais bon, il faut bien trouver de l’argent pour nourrir ma famille. J’ai une mère qui est ma raison de vivre, un gosse que j’adore et une femme avec qui ça ne va pas pour l’instant. Mais c’est une autre histoire. Jusqu’il y a peu, ma mère n’allait pas bien. J’ai pensé au pire, mais grâce à Dieu, depuis que je l’ai amenée chez mon marabout, elle va beaucoup mieux…
Il voit dans l’embrasure de sa porte des enfants jouer. Au bout de la rue, passe un train. FATOU arrive à l’atelier de couture.
– FATOU : Bonjour Falou, et la chaleur?
– FALOU : C’est toujours pareil! Quand la Tabaski arrive, vous venez toute vous faire un boubou en même temps. Je n’ai que deux mains! Et depuis le temps que mon frère, celui qui habite l’Espagne, me promet une nouvelle machine à coudre…
– FATOU : Et ta mère, elle va mieux?
– FALOU : J’ai un excellent marabout, il est en train de la guérir…
– FATOU : Il a guéri ta mère mais il peut aussi faire le contraire? Depuis que mon ex-mari est apparu au mariage de ma fille, je ne dors plus, j’en suis malade! Tu ne crois pas qu’il pourrait faire quelque chose pour le marabouter?

SEQ. 41 : Carrefour / Fin de journée 
Trafic intense, embouteillage, klaxons. EL HADJI, en tenue de travail, est toujours à la recherche de boulot. Il se faufile entre les voitures. Pris de lassitude, il s’assied sur le rebord d’un trottoir, parmi une foule de gens qui vont dans tous les sens.

SEQ. 42 : Forêt / Jour
EL HADJI est assis sous un arbre en compagnie de son cousin GRIOT. Conversation autour de la difficulté de s’en sortir.
– EL HADJI : Je n’arrive plus à nourrir les miens, ma petite menuiserie ne marche pas et je trouve difficilement du travail. Hier j’ai pensé au pire…
– GRIOT : T’aurais dû suivre les conseils de la famille et devenir griot comme moi! Un air de musique rapporte toujours de quoi manger.
Le GRIOT prend son instrument et interprète une chanson qui a pour thème l’argent : « KHALIS, KHALIS ». EL HADJI s’allonge.

SEQ. 43a : Voies ferrées / Jour 
SON Un train passe et s’éloigne 
DIATOU déambule entre les voies ferrées, sa fille dans les bras. Elle achète des beignets à une marchande. Son témoignage chevauche les différentes actions, les différents lieux.

SEQ. 43b : Dans la cour de sa maison :
DIATOU lave sa fille dans une bassine. DIATOU l’essuie, l’habille…

SEQ. 43c : Dans sa chambre 
La gamine s’est endormie.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) J’ai 18 ans et je ne crois plus à l’amour. Mes parents ont divorcé quand j’étais toute petite. Mon père a disparu. Il est sorti de ma vie et de celle de toute sa famille. Il ne voulait plus voir personne. Il vit depuis en ermite, je ne sais pas vraiment où… Cette gamine, je l’ai eue avec un militaire de mon âge. J’aurais voulu me marier avec lui mais ma mère n’a pas voulu. Sa famille ne pouvait pas donner ce que ma mère prétendait. Alors elle m’a trouvé quelqu’un : je suis devenue la troisième femme d’un marabout. Malgré son argent, je n’arrivais pas à aimer ce vieil homme. Deux mois après le mariage, j’ai pris la fuite. Je suis retournée vivre auprès ma mère.

SEQ. 44 : Salle de répétition / Jour 
DIATOU improvise face caméra.
– TEMOIGNAGE : (improvisation) Je raconte ma vie car j’aimerais que ma situation ne se répète pas. J’aimerais que les choses changent… 

SEQ. 45 : Terrain de foot / Jour 
EL HADJI joue un match de foot avec HASSAN et d’autres amis.

SEQ. 46a : Maison d’El Hadji : couloir / Jour
LOBE, l’épouse d’El Hadji, balaie le couloir quand elle est prise d’un malaise. Elle laisse tomber le ballet, rentre dans sa chambre.

SEQ. 46b : Chambre 
Lobé se couche sur le lit. Ne supportant plus les douleurs, elle appelle son fils.
– LOBÉ : Modou, Modou…
MODOU arrive, reste dans l’encadrement de la porte.
– LOBÉ : Va prévenir ton père, je ne vais pas bien du tout.
MODOU part en courant.
LOBÉ témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Lors de mon dernier accouchement, on a dû me faire une césarienne. Je ne sais pas ce qu’ont foutu les médecins mais, depuis, j’ai souvent mal…

SEQ. 47 : Terrain de foot / Jour
MOUDOU appelle son père. EL HADJI est tellement concentré sur le ballon qu’il ne remarque pas tout de suite la présence de son fils. C’est son ami HASSAN qui l’avertit. EL HADJI se rapproche de MODOU. Le père et le fils se mettent à courir.

SEQ. 48 : Maison d’El Hadji : Chambre / Jour 
La femme d’EL HADJ est couchée sur le lit, ses mains soutiennent son ventre. Assise auprès d’elle, la sœur aînée d’El Hadj lui tamponne le front avec un linge humide. EL HADJ, essoufflé, entre dans la chambre. MOUDOU reste en retrait, il voit son père s’affoler.
– EL HADJI : Lobé, qu’est-ce qui t’arrive? Tu as mal où? Encore au ventre? Vite, il faut aller à l’hôpital!
Avec l’aide de sa sœur, il soutient sa femme. Ils sortent. MOUDOU les suit timidement.

SEQ. 49 : Devant la maison / Jour
MOUDOU, resté sur le pas de la porte, regarde son père s’éloigner avec sa mère. Soudain EL HADJI se retourne vers lui.
– EL HADJI : Et ton petit frère, il est où? Va le chercher, occupe-toi de lui! 
MODOU obéit à son père.

SEQ. 50 : Différentes rues / Jour
Déambulation d’EL HADJ avec sa FEMME souffrante dans les rues sablonneuses du quartier. Ils arrivent à l’hôpital. A peine entrés, EL HADJI ressort seul. Il témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Cela va encore me coûter de l’argent mais je ne peux tout de même pas laisser ma femme dans cet état. Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait les médecins mais depuis le dernier accouchement, elle n’est plus comme avant… Et si je perdais ma femme? Ou si elle ne pouvait plus s’occuper de la maison, ce serait terrible…

SEQ. 51 : Pharmacie / Jour 
EL HADJI montre les ordonnances au PHARMACIEN. Celui-ci apporte les médicaments, calcule.
– PHARMACIEN : Cela fait 8000 Fr.
– EL HADJ sort 3.000 Fr de sa poche : Je vous apporte les 5000 qui manquent demain.
Le pharmacien refuse de lui donner les médicaments. Quand EL HADJI est sorti de la pharmacie, le PHARMACIEN témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) C’est toujours comme ça. A chaque fois, ils essayent mais cette pharmacie c’est un commerce et, si je laisse faire, ils ne viendront pas payer ce qu’ils doivent et alors, plus de pharmacie…

SEQ. 52 : Rues du quartier / Jour 
EL HADJI, désespéré, marche rapidement.
IMAGE :
– Maison d’ADAMA : EL HADJI demande à son ami ADAMA les 5000 Fr qui lui manque pour payer les médicaments de sa femme. ADAMA n’a rien dans les poches.
– Maison d’HASSAN : EL HADJI demande à son ami HASSAN 5000 Fr.
VOIX OFF d’EL HADJI : Je n’ai pas arrêté d’aller de gauche à droite à la recherche de ces misérables 5000 Frs. Mes amis proches n’ont pas pu m’aider. Adama n’a pas eu un seul client cette semaine et Hassan attend que son patron le paie, cela fait six mois qu’il attend d’être payé. Mais je ne peux pas attendre, ma femme souffre. Heureusement que finalement, Mbacké a pu m’aider.

SEQ. 53 : Maison de MBACKE / Nuit : MBACKE sort de sa poche un billet de 5000 Fr, il le lui tend.
– MBACKE : Tu n’es pas obligé de me le rembourser…
Quand El Hadji est parti, MBACKE témoigne.
– TEMOIGNAGE : El Hadji c’est mon ami. Même si je dois entretenir ma famille, moi je ne suis pas encore marié et je n’ai pas d’enfants comme lui. Je travaille à l’usine et je gagne 3.000 FRCFA par jour. C’est pas beaucoup je sais, mais j’ai au moins ça… et puis les amis c’est comme ça, si demain je n’ai pas d’argent peut-être qu’El Hadji pourra m’aider… entre nous, on s’entraide !

SEQ. 54 : Un pont / Jour 
Sur un pont, un GUINEEN crie en poular (la langue des Peuls), dans son téléphone portable.
– GUINEEN : Comment ça, ce n’était qu’une aide et pas une obligation ? Je n’ai pas demandé à venir dans ce pays! Vous osez m’abandonner alors que je ne connais personne ici…

SEQ. 55 : Différentes rues / Jour
Le GUINEEN, accroché à son téléphone portable, traîne dans les rues jusqu’à arriver à un immeuble en construction.

SEQ. 56 : Immeuble en construction / Jour
Couché sur une paillasse, le GUINEEN entend du bruit sur la terrasse. Il monte l’escalier en béton et voit AL OUSEYNOU en train de fumer.
– GUINEEN : Tu fous quoi ici?
– AL OUSEYNOU : C’est chez toi ici?
Assis l’un à côté de l’autre, les deux jeunes s’encouragent.
Les deux témoignages se chevauchent.
– TEMOIGNAGE du Guinéen : (Improvisation) Je suis Guinéen. A la mort de mes parents dans un accident de voiture, ma famille m’a envoyé étudier le droit international à Dakar, sans doute pour se débarrasser de moi. Le premier semestre, tout a été réglo. Ma grande tante avait payé les frais de scolarité, de logement, tout… Mon calvaire a commencé au deuxième semestre quand elle n’a plus voulu m’aider… C’est ça la famille?

– TEMOIGNAGE d’Al Ouseynou : (Improvisation) Mes parents habitent avec mes sœurs dans la banlieue de Paris. Ils m’ont envoyé à Dakar quand j’avais 9 ans sous le prétexte que j’allais mal tourner si je restais en France. C’est vrai que nous vivions dans la banlieue mais… J’ai pratiquement plus de nouvelles d’eux à part ma mère qui me téléphone de temps en temps. Ma famille d’ici, je n’ai rien à leur dire, ils me font tous chier!

SEQ. 57 : Dans un cyber / Jour 
Le jeune GUINEEN a des écouteurs et un micro, il regarde l’écran de son ordinateur et braille: J’AI BESOIN D’AIDE!
Son voisin le regarde… L’employé du cyber lève aussi sa tête de son bureau. Face caméra, OUSMANE témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) J’en ai marre de travailler jusqu’à des 14 heures par jour pour trois fois rien. Il faut que je trouve un associé pour monter mon propre cyber. Quand je vois comment vit ma patronne, j’ai envie de faire comme elle…
OUSMANE, entre deux transactions financières avec des clients, surfe sur un site de rencontres. Sur l’écran de son ordinateur s’affiche un numéro de téléphone. OUSMANE le note sur un papier.
OUSMANE voit le GUINEEN sortir du cyber.

SEQ. 58 : Près de la voie ferrée / Fin de journées 
EL HADJI se fait aborder par le GUINEEN.
– GUINEEN : T’as pas de quoi me payer à manger?
– EL HADJI (montrant son petit sac en plastique et sans s’arrêter) : Je n’ai que des médicaments à t’offrir !
– GUINEEN : S’il vous plait…
– EL HADJI : Tu te fous de moi? T’as vu comment t’es habillé et tu veux que je t’offre à manger?
– GUINEEN : Je ne suis pas d’ici et on m’a abandonné je vous jure!
– EL HADJI : Oui c’est ça et tu viens d’où?
– GUINEEN : Je suis Guinéen.
– EL HADJI (soudain intéressé) : Ah bon ? Mais c’est comment la Guinée? C’est mieux que le Mali? Y’a moyen de trouver du boulot là-bas? 
GUINEEN : C’est la même galère… tu n’as vraiment pas de quoi me payer un sandwich?
EL HADJI : Si je te raconte ma vie c’est toi qui va me trouver à manger!

SEQ. 59 : Dans le cyber / Jour 
Afin que personne ne puisse l’entendre, OUSMANE sort dans la rue pour utiliser son téléphone portable.
– OUSMANE : On peut se rencontrer ? Demain je ne travaille pas, alors on se donne rendez-vous à l’auberge près du mécanicien de Yoff, ok ? Sois à l’heure, je n’aime pas attendre.

SEQ. 60 : Devant la maison de NDAYE / Jour 
NDAYE a installé son échoppe de fruits à l’ombre, devant sa porte d’entrée. OUSMANE sort et salue NDAYE, sa mère.
– OUSMANE : Bonjour mère.
– NDAYE : Où vas-tu Ousmane ?
– OUSMANE : Oh, lâche-moi un peu mère, c’est mon jour de congé tout de même.
Il poursuit son chemin tout en parlant dans son portable téléphone portable.
– OUSMANE : Allo ? Oui, je sors de chez moi là… ok, à tout de suite alors.
OUSMANE traverse une rue, arrive à l’auberge.

SEQ. 61 : Auberge / Jour 
Ousmane se dirige vers le portier.
– OUSMANE : Bonjour, tu as une chambre de libre?
– PORTIER : Oui, c’est 10.000 Frs.
– OUSMANE : Vous avez encore augmenté!
– PORTIER : C’est la porte du fond.

SEQ. 62 : Chambre / Jour 
OUSMANE entre dans la chambre, s’impatiente, reprend son téléphone portable.
– OUSMANE : Je t’attends depuis une demi-heure! Tu fais quoi là? Bon ok, laisse tomber…

SEQ. 63 : Salle de répétition / Jour 
OUMOU met ses chaussures à hauts talons. Elle est entourée de ZEYNA et de DIATOU. Ces dernières l’aident à se maquiller, à se coiffer. Puis elle se met à défiler en se tortillant. Elle entre dans son rôle.

SEQ. 64 : Cour de l’auberge / Jour 
OUSMANE retourne voir le portier.
– OUSMANE : Tu n’as pas un contact ? La femme que j’attendais ne viendra pas. Tu n’en connais pas une ?
Le portier refile un numéro. OUSMANE appelle tout de suite avant de retourner dans la chambre.

SEQ. 65 : Chambre / Jour 
Il enlève ses chaussures, se couche sur le lit et, quelques instants plus tard, on frappe à la porte. Une femme entre. Il la salue à peine car son portable sonne. Se tournant, il chuchote.
– OUSMANE : Comment ça tu arrives ? Mais je suis avec une autre femme maintenant… Je ne sais pas si elle acceptera de partir…
OUSMANE raccroche, se retourne vers OUMOU.
– OUSMANE: J’attendais quelqu’un d’autre… et elle arrive maintenant… donc on se voit une autre fois, ok?
– OUMOU : Je ne veux rien savoir. Si tu veux que je parte, pas de problème mais il faut me payer!
– OUSMANE : Ok je m’arrangerai avec elle, installe-toi.
Assis sur le lit, OUMOU et OUSMANE discutent du montant de la passe avant de s’allonger.

SEQ. 66 : Chambre de l’auberge / Jour 
Pendant qu’OUMOU enlève son vernis à ongle, elle témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Mon mari vit à Paris. Les premiers mois de notre mariage, il m’envoyait de l’argent. Il me disait qu’il s’occupait des papiers pour un regroupement familial. Je devais bientôt le rejoindre mais du jour au lendemain, il n’a plus donné signe de vie, il n’a plus envoyé de l’argent… Sans doute qu’il en a trouvé une autre sur place. Depuis je m’en sors pas!

SEQ. 67 : Rues du quartier / Nuit
EL HADJ déambule. Il est suivi par ABDOU, le passeur, qui finit par l’aborder.
– ABDOU : Il y a une pirogue qui part pour l’Espagne dans une semaine, tu serais partant? 
– EL HADJI (jouant le jeu) : Bien sûr que je suis partant ! Ici il n’y a plus moyen de vivre, plus de boulot, rien… mais c’est combien la traversée ?
– ABDOU : Cinq cents milles.
– EL HADJI : C’est un prix d’ami je parie… ok pas de problème, attends-moi ici, j’arrive tout de suite…
EL HADJI reprend sa marche dans les rues, mais cette fois il a le sourire aux lèvres, il éclate de rire.

SEQ. 68 : Au abord de la voie ferrée / Matin
OUSMANE et ADAMA se dirigent vers un fast-food local. Sous une tente faite de voiles se trouvent la VENDEUSE et, en retrait, ABDOU, le passeur. OUSMANE et ADAMA commandent un petit-déjeuner.
– OUSMANE (à son ami ADAMA) : Je cherche un associé pour monter mon propre cyber….
Mais ADAMA n’est pas attentif.
– ADAMA : Je n’arrive pas à croire qu’Hassan m’ait piqué Zeyna…
– OUSMANE : Arrête de ressasser toujours la même histoire!
ABDOU a suivi toute la scène. Avant de partir, OUSMANE refile à son ami ADAMA le contact qu’il s’est procuré sur le Net.
– OUSMANE : Tiens, change-toi les idées, c’est un super plan, une super femme!
OUSMANE s’en va. ABDOU s’approche alors d’ADAMA.
– ABDOU : Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais si t’as des problèmes, j’ai une pirogue qui est prête à partir pour l’Espagne…
ADAMA l’écoute, hésite, mais finalement renonce à suivre ABDOU.

SEQ. 69 : Dans le cyber / Jour 
Dans le cyber, il ne reste plus que le GUINEEN. Il donne à OUSMANE un code de retrait d’argent. La transaction financière terminée, OUSMANE appelle un voisin.
– OUSMANE : Tu veux bien me garder le cyber ? Je vais aller manger, je reviens dans une demi-heure.

SEQ. 70 : Rue / Jour
En traversant la rue, OUSMANE voit le GUINEEN sortir d’une boutique avec un sandwich en main. Intrigué, il se met à le suivre jusqu’au moment où il voit le GUINEEN entrer dans un immeuble en construction. OUSMANE entre à son tour.

SEQ. 71 : Immeuble en construction / Jour
Entendant du bruit derrière lui, le GUINEEN se retourne.
– GUINEEN : Qu’est-ce que tu fais ici?
– OUSMANE : Je te demande la même chose!
Le GUINEEN raconte: abandonné par sa famille et pris au piège au Sénégal…
– OUSMANE : Et les 50 dollars qu’on t’a envoyés tout à l’heure ?
– GUINEEN : C’est un Congolais.
– OUSMANE : Tu as de la famille au Congo ?
– GUINEEN : Non, je capte via le Net des âmes compatissantes.
– OUSMANE: Tu ne peux pas rester ici : installe-toi chez moi le temps que tu trouves une solution à ton problème…
Le GUINEEN ramasse ses affaires.

SEQ. 72 : Devant chez Ndaye / Jour 
OUSMANE fait entrer le GUINEEN chez lui.

SEQ. 73 : Dans la cuisine 
En préparant à manger NDAYE témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Pourquoi mon fils nous ramène un gars qui n’est même pas de la famille? Si au moins il cherchait du travail, mais cela fait une semaine qu’il reste toute la journée couché sur le lit de mon fils.
NDAYE finit par appeler son fils.
– NDAYE : Ousmane, je ne veux plus voir ce garçon ici!
– OUSMANE : Mais mère, il ne sait pas où aller…
– NDAYE : Je ne veux rien savoir. Quand je reviens du marché, je ne veux plus le voir chez moi! Tu as compris?

SEQ. 74 : Couloir / Jour 
OUSMANE prend son téléphone portable et appelle son ami EL HADJI. Il lui demande s’il ne peut pas recueillir un ami quelques temps…
– EL HADJI: Tu connais ma situation Ousmane, c’est petit chez moi et puis ma femme est tout le temps malade…
OUSMANE raccroche, appelle ADAMA. Celui-ci accepte.

SEQ. 75 : Maison d’Adama / Jour 
OUSMANE présente le GUINEEN à ADAMA
– OUSMANE: Je vous laisse car je suis déjà trop en retard…

SEQ. 76 : Chambre d’Adama / Jour 
Le GUINEEN est allongé sur son lit. ADAMA veut essayer les chaussures de son hôte. Mais le GUINEEN ne veut pas prêter ses chaussures…
– TEMOIGNAGE D’ADAMA : (Improvisation) Je l’accueille chez moi et il se met dans tous ces états quand je lui emprunte ses chaussures… On rend service et voilà ce qu’on en retire !
– TEMOIGNAGE DU GUINEEN : (Improvisation) Il me fout dehors parce que je lui ai fait une remarque… C’est ça la Téranga Sénégalaise? (Téranga = hospitalité)
ADAMA appelle son ami FALOU. Ce dernier accepte de recueillir le GUINEEN.

SEQ. 77 : Atelier de couture / Jour 
ADAMA laisse le GUINEEN chez FALOU.

SEQ. 78 : Voies ferrées / Jour 
Une locomotive sans wagon passe.

SEQ. 79 : Chambre chez Falou 
Le tailleur FALOU humecte le front du GUINEEN malade. Il téléphone ensuite à son ami Adama.
– FALOU : Adama, tu m’as ramené le Guinéen malade. Il a le palu mais moi je n’ai pas de quoi payer les médicaments…
Comme Adama ne peut l’aider, FALOU essaye un autre numéro. A nouveau la personne est dans l’impossibilité de l’aider. Furieux, il jette son téléphone sur le lit.

SEQ. 80 : Salle de répétition / Jour
Les comédiens réunis et assis sur le sol disent ce que représente pour eux le Tchant (réunion religieuse le soir pour chanter et danser). Images et témoignages se chevauchent : Hassan met son chapeau, Fatou son turban. Les comédiens se placent en rond et commencent à tourner en levant les bras, comme esquissant une danse.

SEQ. 81 : Puits devant la maison d’Hassan / Jour 
SON Une locomotive passe. EL HADJI aide son ami HASSAN qui se trouve dans le puits.
– HASSAN : El Hadji, tire la corde.
EL HADJI s’exécute, puis vide le seau à ses pieds. HASSAN sort du puits en râlant.
– HASSAN : J’en ai vraiment marre! Si ce n’est pas les coupures d’électricité, c’est l’eau qu’on nous coupe… Juste quand je dois aller au Tchant !

SEQ. 82 : Chez NDAYE, dans sa chambre / Jour 
NDAYE cherche dans son armoire un vêtement qu’elle ne trouve pas. Elle appelle son fils.
– NDAYE : Ousmane ? Ousmane t’as pas vu mon boubou ? Je vais être en retard pour le Tchant

SEQ. 83 : Chambre de FALOU / Jour 
Pendant que FALOU s’habille, sa femme lui reproche de participer au Tchant qu’organise son marabout.
– FEMME : Ton marabout est impliqué dans un meurtre, toute la presse en a parlé !
– FALOU : Jamais mon marabout serait capable de faire une chose pareille! Laisse la justice faire son travail…
La conversation dévie sur le terrain personnel.
– FEMME : Avec les 500 Frs que tu me donnes par jour, je n’ai même pas de quoi aller au marché, je ne peux rien faire…
– FALOU : Je me suis complètement ruiné à cause de tes parents… Ils m’ont obligé à faire un mariage beaucoup trop luxueux….
– FEMME : C’est ça oui, faut bien rejeter la faute à quelqu’un… en tout cas, si tu rejoins ton marabout au TCHANT, je prends mes affaires et tu ne me retrouveras pas à ton retour!
FALOU n’écoute pas sa femme. Il passe son collier et sort.

SEQ. 84 : Coiffeur / Jour 
EL HADJI vient se faire couper les cheveux.
– EL HADJI : Fais-moi beau car je vais au Tchant.
Le COIFFEUR le rase. Rasé de près, il met son foulard, sort.

SEQ. 85 : Voies ferrées / Fin de journée 
Un très long train de marchandise passe. EL HADJI arrive à proximité des voies, attend patiemment.

SEQ. 86 : Coin de rue / Nuit 
EL HADJI interprète un chant religieux au milieu de toute la troupe théâtrale : FALOU, HASSAN, NDAYE, DIATOU, FATOU… Comme dans la salle de répétition, tous se mettent à tourner en rond en levant les bras au ciel.

SEQ. 87 : Salle de répétition / Jour 
BADARA sort un couteau de sa poche. EL HADJI le met en scène. BADARA essaye plusieurs fois et de manière différente d’agresser une personne imaginaire tout en répétant : « Je veux qu’on me respecte ». BADIANE, le frère d’Hassan, et les autres comédiens l’encouragent, applaudissent.

SEQ. 88 : Atelier au bord d’une route / Jour 
BADARA fabrique un djembé. Son patron arrive et lui fait des reproches. Petite engueulade. BADARA jette ses instruments de travail et s’en va.

SEQ. 89 : Chambre de BADARA / Jour
Devant un miroir, BADARA sort un couteau de sa poche. Il témoigne tout en jouant avec son couteau.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Je suis Badara et je veux qu’on me respecte! Quelle misère ! Bientôt la Tabaski (l’Aïd) et y’a pas d’argent…
Couché sur son lit, il s’endort, son couteau à la main.

SEQ. 90 : Cyber / Nuit
EL HADJI est à un ordinateur, il met ses écouteurs et se met à chantonner. Il ferme les yeux en chantonnant un air. Face à lui, BADARA observe sans cesse OUSMANE qui installe un client. Ce client sort de sa poche de l’argent et le passe à OUSMANE. BADARA ne voit plus que les billets qu’on compte et recompte. BADARA quitte son ordinateur. EL HADJI le regarde sortir du cyber.

SEQ. 91 : Rue du cyber / Nuit
BADARA passe un coup de fil puis va s’asseoir non loin du cyber. Il allume une cigarette.

SEQ. 92 : Cyber / Nuit 
Il ne reste plus que EL HADJI qui s’apprête à partir.
– OUSMANE : Tu as déjà acheté ton mouton pour la Tabaski?
– EL HADJI : Pas encore, j’ai pas mal de problème d’argent pour l’instant…
– OUSMANE : Allez passe une bonne nuit!
– EL HADJI : A demain.
OUSMANE ferme le cyber et s’en va. BADARA jette sa cigarette au sol, suit OUSMANE.

SEQ. 93 : Rues / Nuit 
Filature d’OUSMANE dans des rues sombres. A un moment, BADARA dépasse OUSMANE.
– BADARA (montrant une cigarette) : T’as du feu?
– OUSMANE : Je ne fume pas.
– BADARA (bousculant OUSMANE) : Quoi? Passe-moi du fric alors !
OUSMANE s’enfuit. BADARA siffle. Apparaissent deux autres gars (dont BADIANE, le frère d’Hassan). Tous se mettent à courir derrière OUSMANE.

SEQ. 94 : Cul de sac / Nuit 
Les trois hommes parviennent à coincer OUSMANE.
– BADARA : Si tu n’as pas du feu, t’as sûrement du fric à passer!
– OUSMANE : Lâchez-moi! Je n’ai rien, je vous jure!
BADARA le fouille et trouve 10.000 Frs. Il le gifle. Ousmane, dont les bras sont tenus par les deux autres gars, se défend et donne un coup de pied dans les couilles de BADARA. Celui-ci chavire un peu, sort son couteau et poignarde à plusieurs reprises OUSMANE. Le corps tombe au sol, les voyous s’enfuient chacun de leur côté.

SEQ. 95 : Salle de répétition / Jour 
Un corps est étendu au sol recouvert d’un drap. La troupe entoure ce corps. EL HADJI retire le drap doucement. A la vue des pieds nus, la foule est horrifiée. NDAYE pousse un cri.
– TEMOIGNAGE de NDAYE : (Improvisation) Avec tous les coups de couteaux que mon fils a reçus, je ne comprends pas comment il est toujours en vie ! C’est toujours comme ça ici à la Tabaski ! Il y a une telle pression que les gens deviennent fous! L’argent, l’argent toujours l’argent. Mais heureusement, il y a encore une justice : la police a pris le coupable.

SEQ. 96 : Salle de répétition / Nuit 
Les comédiens ont des bougies en mains qu’ils éteignent chacun à leur tour pour arriver au noir complet. Le dernier à souffler sa bougie est l’agresseur BADARA.
 Quasi dans l’obscurité, face caméra, OUSMANE témoigne.
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) On est plus le même quand on a reçu des coups de couteaux…

SEQ. 97a : Dans un atelier / Jour 
HASSAN prépare du plâtre. Il l’utilise pour enduire des moulures couvertes de fibres. (Le témoignage chevauche ces actions).
– TEMOIGNAGE : (Improvisation) Ce n’est pas mon frère qui a donné les coups de couteau! Il en est incapable! C’est une erreur judiciaire de le laisser moisir en prison alors que le coupable a pris le large…

SEQ. 97b : Voies ferrées / Jour 
HASSAN sort de chez lui avec un plat emballé dans du tissu. Il traverse les voies ferrées, prend un transport en commun.

SEQ. 97c : Intérieur d’une « super » / Jour
Assis près du conducteur, Hassan retrouve un ami.
– L’AMI : Salut Hassan, il y a longtemps! Qu’est-ce que tu deviens?
– HASSAN : J’ai des problèmes. Comme tu vois, j’apporte le dîner à mon frère en prison…

– TEMOIGNAGE (suite et fin) : Mon frère est innocent !
HASSAN ferme la porte de l’atelier.

SEQ. 98 : Voies ferrées / Jour 
Les pieds du GUINEEN en équilibre sur la voie ferrée. Le GUINEEN est moins apprêté que d’habitude. Il est plus sale, semble perdu.

SEQ. 99 : Salle de répétition / Jour
Tous les acteurs sont en cercle assis au sol sauf FATOU qui est debout, au centre de ses compagnons. Elle crie.
– FATOU : J’en ai marre du drame! Y’a pas que ça dans la vie!
Et elle entame une chanson reprise par tous ces compagnons de jeu. Peu à peu, ils se lèvent et dansent dans une explosion de VIE.

Roberto ROMEO
Cineasta
 
 
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